Guerre d'Indochine

Au début de la Seconde Guerre mondiale, les forces nippones occupent la Chine du Sud et le Nord du Tonkin. Tous les ports de Chine sont sous contrôle japonais.

En juin 1940, deux jours après l'annonce par le général Pétain, les japonais adressent au gouverneur général de l'Indochine, le général Catroux, un ultimatum exigeant le contrôle du trafic du port de Haiphong par leurs troupes. Faute d'appui des Etats-Unis et de la flotte britannique d'Extrême-Orient, le gouverneur s'incline.

En juillet 1940, le gouverneur Catroux est remplacé par l'Amiral Decoux, nommé à la tête de l'Indochine par le gouvernement de Vichy. Ce dernier réussit à maintenir la souveraineté française sur l'Indochine jusqu'en 1945, au prix de concessions inévitables.

En septembre 1940, une unité japonaise franchit la frontière du Tonkin près de Lang Son et, après la signature de la convention de Haiphong, les forces japonaises pénètrent au Tonkin et occupent les points stratégiques au nord du Vietnam.

Le Japon respecte, en apparence, les engagements de la convention d'Haiphong, mais favorise le développement de l'agitation indépendante (à partir de mai 1941, naît le Vietminh).

 

Papa combat les japonais présents sur la frontière nord du Tonkin, partie septentrionale du Viêt Nam, au sud des provinces de Yunnan et Guangxi (Chine), à l'est du Laos.

 

En 1942, maman met au monde un garçon, Raymond.

Papa, maman, et leurs deux enfants, malgré les rigueurs de la guerre, sont heureux.

Deux ans après la naissance de Raymond, maman met au monde un enfant mort-né puis, quelques temps après, fait une fausse couche.

 

Fin 1944, le général Mordant unifie les divers mouvements de résistance française en Indochine pour préparer le débarquement allié considéré alors comme imminent.

En mars 1945, l'amiral Decoux refuse l'ultimatum de l'ambassadeur japonais Yatsumoto. Ce dernier exige le contrôle des forces militaires et navales stationnées en Indochine, ainsi que le contrôle de l'administration française.

C'est alors que les japonais attaquent les forces françaises très intérieures en nombre et occupent l'ensemble du pays. De nombreux prisonniers français sont exécutés, torturés, ou détenus dans des conditions atroces dans des camps de concentration nippons, notamment celui de Hoa Binh.

Les japonais chassent l'administration française et proclament l'indépendance du Vietnam sous l'autorité de l'empereur Bao Dai.

En juin 1945, le Vietminh établit une zone "libérée" en Haute Région.

 

En 1945, papa poursuit les japonais en Chine, laissant maman seule avec ses deux enfants.

En septembre 1945, le Japon accepte l'arrêt des combats précédant la capitulation.

Les japonais distribuent aux nationalistes des armes subtilisées aux français avant de quitter le Tonkin. Contraintes d'évacuer l'Indochine, les forces nippones laissent le pays en pleine anarchie. Des journées sanglantes suivent leur départ.

Des forces révolutionnaires se forment, brandissant le drapeau rouge frappé de l'étoile jaune, la bannière des Trotskistes (communisme révolutionnaire), celle de la secte caodaïste (préceptes du christianisme, du taoïsme, du bouddhisme, du confucianisme et du culte des « génies ») et celle des mouvements nationalistes, laissant derrière elles pillages et massacres des blancs et des métis.

La France, à la même période, rentre en conflit l'opposant à la Ligue pour l'indépendance du Viêt Nam ou "Viêt Minh" (organisation nationaliste créée en 1941, suite à une décision en mai de la même année du huitième plénum du parti communiste indochinois).

Papa échappe à la mort. Une partie de sa garnison restée dans le Nord Viêt Nam est massacrée par les "Viêt Minh".

 

Pendant ce temps, maman mène un autre combat.

Un bombardement réduit leur maison en cendres et, de ce fait, engloutit le passé de papa. Toutes les photos de sa famille, de son enfance heureuse en Belgique brûlent. Entre autre, une photo de lui, petit garçon aux longs cheveux bouclés à l'anglaise, à cheval sur un grand chien berger, une cravache à la main… Photo prise dans l'immense salon familial, au milieu duquel trônait un grand piano à queue.

L'époque heureuse où papa et ses parents étaient unis.

Seuls quelques effets personnels en sortent indemnes.

 

Maman et ses deux enfants, livrés à eux-mêmes, sans abri, sont hébergés et aidés par sa sœur, Di Danh, peu de temps après.

A cette époque Di Danh, très dégourdie, tient un commerce et peut subvenir aux besoins de la famille.

 

Seulement, maman ayant pour compagnon un français et deux enfants de celui-ci, doit fuir.

Accompagnés de son frère Tung, âgé de 15 ans, maman, Jeanne et Raymond s'enfuient dans les montagnes et la jungle peuplée d'animaux féroces, tels que les tigres. Tung tient Jeanne par la main, sur son dos une petite valise contenant quelques objets et vêtements sauvés de l'incendie de leur maison. Maman porte Raymond.

 

Peu de temps après, ils sont arrêtés par un groupe de partisans communistes.

Ces derniers les enferment et questionnent sans relâche maman afin de savoir où son compagnon  français se trouve. Une garnison française, peu de temps avant, a fait parvenir un courrier de papa à maman. Ce courrier annonçait son retour imminent de Chine.

Afin que les communistes qui les détiennent ne tombent pas sur cette lettre, maman l’avale.

Maman étant très belle, ses geôliers lui disent : « Jolie comme tu es, abandonne ton français, tu n'auras aucun mal à refaire ta vie avec un jeune viêtnamien ». Fort heureusement, ils furent relâchés peu de temps après.

 

Ils continuent leur route par les montagnes, afin d’éviter toute autre malheureuse rencontre, tentent de se diriger vers une garnison française et, c'est au cours de cette fuite, que Raymond, atteint d'une très forte fièvre et faute de soins, meurt dans las bras de maman, à l’âge de quatre ans.

Elle gardera à jamais cette image en elle.


Papa et maman se retrouvent en Avril 1946.

Papa, revenu en piteux état, apprend la mort de Raymond.

Ces onze mois dans les montagnes et dans la jungle à combattre les japonais ont eu raison de lui.

Ces derniers étant très raffinés pour supplicier les prisonniers, Papa avait toujours sur lui une grenade, afin de lui permettre d'échapper à la torture et, par la même occasion, anéantir quelques ennemis.

 

Papa a une paralysie complète du membre supérieur gauche et de la face gauche. Diagnostic : « Néphrose lipoïde ». Il séjourne pendant deux mois à l'hôpital Lannessan à Hanoï.

De nombreuses années après, il en garde encore des séquelles : usage du membre supérieur gauche mal aisé, obéissance avec un temps de retard aux commandements du cerveau, écriture déformée, absence de mémoire, névralgies fréquentes et tenaces, réflexes ralentis.

 

L'armée manifeste une grande reconnaissance à son égard : médaille militaire, médailles coloniales, croix de guerre, médaille commémorative française de la guerre 39/45.

Ainsi qu'une autre citation O.G N° 6 du 15 Mai 1945 : « Au cours d'un engagement, a fait preuve de calme et de sang froid, en maintenant son groupe à son poste de combat sous un feu violent, protégeant ainsi le décrochage de son unité ».

 

En août 1945, des troupes chinoises entrent au Tonkin. Une Fondation officielle de la République Démocratique du Vietnam est créée.

En septembre 1945, l'agitation sociale se généralise. Les français de Saïgon chassent les forces du Vietminh.

En mars 1946, la France reconnaît la République du Vietnam comme un état libre, doté d'un gouvernement, d'un parlement et d'une armée, mais rattachée à la Fédération indochinoise et à l'Union Française.


Lorsque Jeanne et moi sommes allées, en Avril 2008, à Hagiang, nous avons demandé à Di Danh où se trouvait l'endroit où a été enterré notre frère. Elle nous a répondu que plus rien ne subsistait de cette époque.

En fait, de notre frère Raymond, nous n'avons aucune trace. Il ne figurait même pas dans le livret de famille. Sa mort est survenue avant le mariage de papa et maman.

C'est en recherchant dans les papiers de papa, après sa mort, le 15 septembre 1986, que j'ai obtenu une grande partie de ces informations. Cette fouille a été nécessaire pour constituer le dossier pour la demande de pension de réversion de maman.

J’ai également retrouvé un petit carnet sur lequel papa avait écrit « Il semble que je ne retrouverai plus la facilité de travail qui était mienne avant cette maladie qui paraît avoir laissé des séquelles profondes et incurables ».

Il a dû écrire ces propos lorsque qu’il avait été paralysé partiellement.

J'ai également retrouvé une demande de Légion d’Honneur vierge.

Je pense qu'il avait l'intention de faire cette démarche mais que la cécité l'en a empêché.

Germaine